Sur les traces de la Perse

8h30 ce matin, Ali nous attend grand sourire à l’entrée de notre guest house. Réputé pour être le meilleur taxi de la ville, il s’apprête à nous conduire sur trois des plus grands sites de l’Empire Perse : Pasargades, Nécropolis et l’inestimable Persépolis.

 

 

Pasargades

10h30, nous marchons seul sur l’étendue désertique de Pasargades. Ecrasant le soleil frappe les ruines aveuglantes. Devant nous des bâtiments étirés sont dispersés dans un immense parc. Il faut savoir que les Perses ne possèdent pas à l’origine de bagage architectural propre : en effet, il s’agit initialement d’un peuple semi-nomade de pasteurs et de cavaliers. Or, dès sa fondation par Cyrus le Grand, l’empire perse se dote de constructions monumentales. D’abord inspirés par les peuples conquis, les architectes achéménides  intègrent ces influences et proposent rapidement un art original. Aussi, si à Pasargades, le plan général montre encore des influences nomadiques, cinquante ans plus tard celui de Persépolis fait preuve d’une rationalisation et d’un équilibre affirmé.

 

 

La route des rois

Sur la route nous rejoignons maintenant Naqsh-e Rustam dit Nécropolis. Notre arrivée est impressionnante. Devant nous, une montagne cache sculptée en elle quatre tombes royales achéménides rupestres, cruciformes et portant trois registres de bas-reliefs. Une de celles-ci, d’après les inscriptions qu’elle présente, serait la tombe de Darius Ier. Les trois autres tombes seraient celles de Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II, mais elles ne portent aucune inscription permettant de les identifier avec certitude. Rendus au pied de ses gigantesques tombes, les yeux écarquillés, nous découvrons aussi sept très grands bas-reliefs. Leur conservation témoigne de la beauté des scènes et de l’agilité des architectes. Certaines œuvres fascinent quand d’autres étourdissent, celles-ci font les deux. Derrière nous, faisant face à la roche se trouve la Ka’ba-ye Zartosht, un monument zoroastrien. Cette tour en pierre fait partie d’un ensemble plus vaste en brique crue, aujourd’hui disparu. Elle remonterait à 2 400 ans et serait demeurée en fonction au moins jusqu’au IIIe siècle de notre ère, peut-être même jusqu’à l’islamisation de la Perse. A contre cœur nous retrouvons Ali. Sur la banquette, au travers la vitre arrière, nous regardons s’effacer dans la pierre la trace de ces grands rois…

 

 

 

Persépolis

14h00, le repas fut l’occasion d’échanger nos impressions. Sur le parking de Persépolis, notre guide en est sûr, nous reviendrons de notre visite sur les genoux. Afin de profiter au mieux de cette découverte nous réclamons un guide dès notre entrée dans le site. Quelques minutes plus tard, Leila, diplômée en français, nous entraine plus de 2 500 ans en arrière…

 

 

Une vie de palais

Debout, nous observons au loin l’immense complexe de Persépolis. Au pied de la montagne Khu-e Rahmat, un impressionnant mur de marbre blanc semble soutenir une terrasse chargée de ruines. La façade Ouest, par laquelle nous arrivons, présente l’accès principal à la Terrasse sous la forme d’un escalier monumental. Chaque pas nous rapprochant de lui nous rapetisse. Les yeux levés, hébétés, nous admirons ce mur, haut de 14 mètres et composé d’énormes pierres taillées, ajustées sans mortier et fixées au moyen de chevilles métalliques. Le travail est impressionnant. Après quelques minutes nous prenons la direction de l’escalier nord que nous remontons lentement. Nous imaginons autour de nous évoluer rois et reines en provenances des diverses satrapies de l’empire.

 

 

Entrer dans l’histoire

L’édification de Persépolis commence en 521 av. J.C. sur ordre de Darius Ier. Elle fait partie d’un vaste programme de constructions monumentales visant à souligner l’unité et la diversité de l’empire perse achéménide, et à asseoir la légitimité du pouvoir royal. La Porte des Nations, premier édifice visible depuis l’escalier nord en témoigne. Le message est beau, l’édifice grandiose. Seul cet animateur aux allures futuristes parvint à nous extorquer un regard. Lunette 3D sur le nez, nous voilà véritablement transporter au cœur de l’empire. Pierre après pierres, la citée se redresse. Les sculptures élégantes et quelques peu démesurées s’animent de couleurs éclatantes. Ma mémoire lutte, n’ai-je jamais vu un tel ouvrage ? 2 500 ans, c’est l’âge de ces pierres, l’Age d’un Peuple qui n’a en aucun cas à rougir de son Art… Devant nous, l’entrée Ouest de la Porte des Nations est gardée par deux taureaux colossaux qui en composent les montants. Une porte de bois à deux battants et ornées de métaux précieux s’ouvre alors sur un hall central. Des bancs de marbre longent les murs du hall. Son toit est supporté par quatre gigantesques colonnes, symbolisant des palmiers. Ce hall offre deux sorties : une vers le Sud ouvrant sur la cour de l’Apadana, et une vers l’Est ouvrant sur l’Allée des processions. Cette dernière est gardée par une paire de statues colossales représentant des hommes-taureaux ailés.  Que d’agréments. Nous retirons nos lunettes et nous apercevons être entrée malgré nous dans le hall. Au-dessus de nous apparait encore une inscription cunéiforme. Gravée au-dessus des taureaux de la façade Ouest, dans les trois langues majeures de l’empire (vieux-persan, babylonien et élamite) elle proclame : « Ahuramazda est le grand dieu, qui a créé cette terre ici, qui a créé ce ciel là-bas, qui a créé l’homme, qui a créé le bonheur pour l’homme, qui a fait Xerxès roi, unique roi de nombreux, unique souverain de nombreux » …

 

 

Apadana

Nous voilà désormais devant l’escalier Est de l’Apadana. Recouvert par les débris du toit incendié il a été remarquablement préservé. Divisé en trois panneaux on reconnaît sur le panneau Nord la réception de Perses et de Mèdes. Sur le panneau Sud est gravée la réception de personnages provenant des nations assujetties. Leila nous invite à faire attention aux caractères ethniques des personnages méticuleusement reportés. C’est impressionnant, les détails sont ouvragés avec finesse : pelages, barbes, cheveux sont ainsi représentés en petites bouclettes, vêtements et animaux sont caractérisés avec minutie. Leila nous rappelle que les tablettes retrouvées à Persépolis indiquent que l’édifice fut construit sans faire appel à l’esclavage. Chaque ouvrier, hommes et femmes, recevait ainsi salaires et compensations. Ironie, les femmes étaient, au commencement, mieux payées que les hommes…

 

 

 

Khu-e Rahmat

La visite terminée, Leila nous invite à grimper sur le versant Est de l’Khu-e Rahmat. On trouve dans la montagne deux tombes semblables à Nécropolis, appartenant probablement à Artaxerxès II et Artaxerxès III, ainsi qu’une tombe inachevée qui pourrait être celle de Darius III, le dernier de la lignée achéménide, renversé en 331 av. J.C. par Alexandre le Grand.

En contrebas, nous apercevons la salle Trésor semblable à un immense damier. Construit par Darius le Grand, il s’agit d’une série de salles qui s’étendent sur une surface de 10 000 m2. L’importance du trésor était tel que d’après Plutarque, 10 000 mules et 5 000 chameaux auraient été nécessaires à Alexandre le Grand pour l’acheminement du trésor de Persépolis.

 

 

Alexandre ! « le destructeur »

De retour sur le parvis, nous contemplons une dernière fois cette terrasse de pierre. En 330 av. J.C., Alexandre le Grand prend la décision irréversible d’incendier Persépolis. Alors qu’il épargne Babylone, le vainqueur ne ménage aucun geste pour se concilier la population perse, et accomplit à Persépolis un geste d’une haute portée symbolique : détruire le cœur idéologique du pouvoir achéménide. Selon Daruy, par cet acte déprécié, Alexandre « annonce à tout l’Orient la fin de la domination persique ». Ali avait raison, nous tombons à genoux.

 

 

Persépolis, sur les pas de Darius

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