Une vie au Monastère

Pour qui connait un peu l’Arménie, c’est tout un univers qu’on lui concède. C’est à travers la foi chrétienne, à laquelle l’Arménie s’est convertie dès l’an 301 avant toute autre contrée, que nous rêvons l’identité et la culture arménienne. Sur les hauts plateaux et les montagnes omniprésentes du pays se dessinent des monastères dont l’âge surprend. De loin en loin se creuse des canyons, poussent des forêts, des alpages et des steppes tandis que çà et là se dressent l’emblématique mont Ararat et l’un des plus grands lacs d’altitude au monde, le lac Sevan. Vous avez l’image en tête ?

 

Khor Virap 

Vous avez l’image en tête ? Maintenant visionnez Khor Virap ! Au pied du monastère arménien, un grillage surmonté de barbelés. De l’autre côté, la Turquie. En arrière-plan, mais côté turc, le mont Ararat et ses neiges éternelles, figure biblique – c’est ici que Noé a débarqué après le déluge. On s’accoude sur les remparts du monastère pour contempler la vieille montagne, avant de se retourner pour entrer dans l’église. Le monastère est juché sur une colline au milieu de la plaine. Son église principale, Sainte-Mère-de-Dieu, date du XVIIe siècle. Mais le centre de gravité est ailleurs. Il faut arpenter les murs extérieurs, passer sous une porte en pierre et fouiller du regard l’obscurité d’une pièce froide et nue pour découvrir, dans le coin sud-ouest, un puits. Ce trou est la matrice de l’Eglise et de la nation arménienne. C’est de ce souterrain qu’a jailli le christianisme comme religion d’Etat, une première dans l’histoire de l’humanité. Au fond du puits se trouvait Grégoire Lousavoritch. Avant de devenir saint Grégoire l’Illuminateur, celui qui convertira toute une nation a été le fils d’un traître régicide. Son père, Anak le Parthe, a contribué à l’assassinat du roi d’Arménie en 252. Anak et sa famille sont massacrés. Seul le petit Grégoire survit. Il est envoyé dans les grottes de Cappadoce et élevé par des membres de la secte chrétienne. L’héritier du trône, le jeune Tiridate, se réfugie à Rome. Devenus adultes, les deux orphelins se retrouveront au pays de leurs pères. Tiridate est remonté sur le trône de son père. Grégoire est aussi revenu, incognito. Il est secrétaire à la cour. Mais lors d’une cérémonie païenne, il refuse d’honorer la déesse Anahit et son identité est révélée. Tiridate le condamne à périr dans un trou puant portant le nom de Khor Virap («puits profond»). Grégoire y survivra douze ans.

On peut aujourd’hui descendre dans le trou au moyen de barreaux tordus. Nous descendons. Une maigre ampoule éclaire le puit, large de quatre mètres. L’humidité y est étouffante. Comment Grégoire n’y est-il pas mort ? Une veuve chrétienne lui aurait jeté tous les jours un pain frais. Mais que ce soit grâce à cette miche, à sa résistance, à sa foi ou à d’autres bienfaiteurs, Grégoire a tenu. Jusqu’à ce qu’on le rappelle pour… soigner le roi. Depuis quelque temps ce dernier souffre de folie. Sa sœur, qui a vu en rêve que Grégoire était vivant, ordonne de le mener auprès de Tiridate. En 301, Grégoire guérit miraculeusement le roi, son bourreau. Tiridate se convertit au christianisme et en fait la religion d’Etat. Grégoire devient le premier saint du pays et premier chef de l’Eglise arménienne. Arpentez ce lieu avec nous et ressentez sa force.

 

 

 

Gerhart

Notre virée se poursuit sur les trace de Grégoire l’Illuminateur. Le monastère de Gerhart est construit à l’entrée de la vallée de l’Azat qui offre un paysage d’une grande beauté naturelle. Sur son flanc nord, de hautes falaises entourent l’ensemble tandis qu’une muraille défensive l’encercle sur les autres flancs. Ici un certain nombre d’églises et de tombes, dont la plupart sont troglodytiques, illustrent l’apogée de l’architecture médiéval arménienne.

 

 

 

Une Histoire de Pierres 

Les monuments ont été édifiés entre le 4e et le 13e siècle de notre ère. Selon la tradition, le monastère fut fondé par Saint Grégoire l’Illuminateur et construit suite à l’adoption du christianisme comme religion d’état en Arménie (au début du 4e siècle).
Au 13eme siècle, le monastère de Gerhart est un centre culturel et ecclésiastique reconnu de l’Arménie médiévale, où l’on peut découvrir, outre des bâtiments religieux, une école, un scriptorium, une bibliothèque et de nombreuses cellules, creusées dans la roche, destinées aux prêtres. Gerhart est certes un monument retentissant, mais c’est aussi pour nous notre coup de cœur pour l’Arménie. Le lieu est empreint d’une atmosphère à part. Comme resté hors du temps ces pierres parlent et témoignent d’un art de vivre d’un art de croire. La première église rupestre, construite avant 1250, est entièrement creusée dans la roche. En son chœur, un Pope lit la messe. La sonorisation de l’édifice est si pointue que chaque note parvient à résonner aux quatre coins du monastère. L’effet est à couper le souffle. Le recueillement terminé, les fidèles désertent les bancs. Ils viennent tour à tour fleurir les buffets de chandelles. Quelques uns disparaissent dans un coin. Où vont-ils ? L’église donne accès à une seconde église, à laquelle on accède par un escalier externe, et qui renferme les tombes des princes Merik et Grigor. Le silence est y est d’or.  Mais le clou du spectacle est la chapelle « Sainte Mère de Dieu », le plus ancien monument extérieur aux remparts. Elle est en partie creusée dans la roche elle aussi, et ses murs portent des inscriptions gravées, dont les plus anciennes remontent à 1177 et 1181. Pas de mots. Le sol est détruit, poussiéreux, la lumière perce à peine jusqu’à ce point, et l’humidité y est gênante. Seuls, essuyant nos yeux, nous fixons un crucifix gravé tel un stigmate du passé. Comme Indiana Jones devant l’arche perdue, nous nous extasions ! Qu’elle témoignage, quelle beauté. Mais où sont passées les reliques ?! La plus célèbre d’entre elles était la lance qui blessa le Christ sur la croix, elle aurait été apportée là par l’apôtre Thaddée et donna son nom actuel au lieu, Geghardavank, « le monastère de la lance ». Malheureusement disparue, la lance a été conservée au monastère pendant 500 ans. Arpentant le lieu, caressant ses murs, l’observant encore, il nous faudra des heures avant de quitter ce lieu d’exception. Belle, douce et Grande est l’Arménie.

 

 

L’Arménie, de l’idée au dessin

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