Shiraz!!!!

Une lumière blafarde m’éblouie. Autour de moi les passagers s’agitent. J’émerge difficilement. Quelle heure est-il ? Où sommes-nous ? A mes côtés, Brice dort encore. Calmement, un jeune homme s’approche de moi et me fait signe « Shiraz, Shiraz » … Dix minutes plus tard, accoudés au café de la gare, nous avalons un thé brulant. Il est 5h30.

 

 

Au levé du soleil

8h30, la ville dort encore. Déchargés de nos bagages, nous arpentons seuls les rues de Shiraz. L’air est frais, le soleil lentement illumine bâtiments et jardins. Le bazar ouvre ses portes. Dans ses couloirs, les marchants en tout genre sirotent leur thé et montent boutiques. A leur côté les premiers cafés dressent quelques tables. Nous prenons place au soleil dans l’un d’eux et profitons d’une petit déjeuner royal.

 

 

Une Histoire Milénaire

Au loin, Shiraz nous fait du charme. Située au sud-ouest de l’Iran, elle fut la capitale de la Perse sous la dynastie Zand de 1750 à 1794. Elle est aujourd’hui l’une des trois capitales culturelles et artistiques du pays. La poésie dessine l’ensemble de cette ville. Shiraz a d’ailleurs joué un rôle majeur dans le développement de la poésie en Iran. Deux des sites les plus visités à Shiraz sont à ce titre les tombes de Hafez et Saadi, tous deux poètes de l’époque post-islamique. Ils ont su captiver l’esprit des iraniens pendant des siècles. Après la révolution cependant, la ville perdue la faveur du gouvernement islamique de Téhéran. Pour la nouvelle République Islamique, Shiraz était un signe de décadence du régime Pahlavi. Elle fut d’ailleurs choisie pour accueillir le Festival des Arts iraniens pendant les années 1960/70. La libre expression exposée pendant ce festival était parfois contraire aux normes islamiques et rendait furieux l’establishment religieux. Ce festival des arts de Shiraz devint, et résonne encore aujourd’hui, comme l’un des symboles majeurs de la révolte islamique en Iran. Ce vent de liberté en tête, nous déambulons désormais dans le jardin d’Eram dit « Jardin du Paradis » en persan. Le parfum des roses nous enivre, allongés le long des canaux, nous fermons les yeux.

 

 

 

Karim Khan

Les yeux fixés sur la citadelle de Karim Khan, nous fixons songeur sa tour penchée. A l’architecture médiévale, la citadelle est reconnaissable à ses remparts crénelés. Bâtie à l’instigation du premier roi de la dynastie Zand en 1766, elle aurait été destinée à rivaliser avec les monuments d’Ispahan. L’intérieur de la citadelle est composé de plusieurs bâtiments dont un palais d’été et un palais d’hiver. Tous sont organisés autour d’une cour intérieure plantée de superbes orangers. Autour de l’édifice touristes et Shiraziens se livrent une bataille de selfies. Soudain trois jeunes filles accompagnées de leur mère nous accostent. « Avez-vous gouté aux glaces de Shiraz ? » Le souvenir de ce plaisir sucré me revient ni une ni deux à la bouche. Sans conteste un délice. Faute de n’avoir pu nous les faire découvrir, ces quatre dames se font un devoir de nous trouver un endroit d’exception où souper. Nous voilà partie d’un pas rapide dans les contre-bas de la ville. Arrivés à destination, l’une d’elle prend à partie de passer commande. Huit accolades plus tard nous voilà assis l’un face à l’autre deux plats posés sur la table. Cette cantine iranienne nous offrit un excellent repas pour un prix dérisoire, merci les filles ! 

 

 

 

 Nasir-ol-Molk

La nuit passée, 8h30, le programme est chargé. Aujourd’hui est notre dernier jour à Shiraz et le nombreux de mosquée non visitées est encore élevé. Nous débutons donc sur les chapeaux de roues, direction la Mosquée Nasir-ol-Molk. Avec un extérieur minimaliste, cette mosquée cache sans mal un trésor. Alors que le soleil se lève, la façade flaquée de plusieurs vitraux colore l’intérieur de l’édifice de mille couleurs. Caressant les sols et tapis roses cette lumière transporte quiconque la touche. Nous sommes transportés, soyez transportés.

 

 

 

 

Mosquée Valik et son Bazar

Happés par le lieu, véritable paradis pour tout photographe, nous prenons du retard. Nous quittons alors l’édifice et nous dirigeons d’un pas franc jusqu’au Bazar Valik. Tout près nous découvrons la mosquée Valik. Cette mosquée est immense couvrant une surface de 8 660 mètres carrés. Si elle ne possède que deux iwans au lieu des quatre habituels, ses derniers et sa cour sont décorés avec des céramiques typiques de Chiraz, appelées haft rangi, d’une grande beauté. La salle de prière de nuit (Shabestan), d’une superficie de près de 2 700 mètres carrés et comprenant 48 piliers monolithiques sculptés en spirales et ornés de feuilles d’acanthe, tout comme le minbar de cette salle impressionnent tout autant.

 

 

Shah Cheragh

En fin d’après-midi, nous rejoignons le complexe de Shah Cheragh. ( les appareilles photos sont interdis) Ce dernier comporte une mosquée et un mausolée parmi les plus beaux et plus intéressant que nous aurons l’occasion de visiter. Ce site étant le plus important lieu de pèlerinage de la ville de Shiraz, l’entrée se fait en Chador. Une occasion unique pour moi d’expérimenter le vêtement. Le soleil tombant, l’immense complexe doté d’un portique original, à l’est, d’une vaste cour flanquée de quatre iwans, d’une mosquée, à l’ouest, et de diverses salles, s’illumine doucement. Après avoir parcouru la cour, nous nous dirigeons vers la mosquée. L’entrée se fait séparément. Brice est invité par quelques hommes à les rejoindre, j’entame de mon côté la visite seule. C’est une fois à l’intérieur que la magie opère. Des millions de minuscules éclats de miroir recouvrent murs et plafond. La lumière réverbérée scintille, vacille partout dans la mosquée. Les lustres somptueux et les minarets couleur d’or participent à cette symphonie de couleurs. Tout y est éblouissant. Quelques minutes plus tard, nous re sortons stupéfait…

 

 

 

 

Rechaussés, nous traversons rapidement la cour, curieux de découvrir le mausolée principal. Timidement je traverse le couloir d’entrée, derrière un rideau j’aperçois soudain le rouge des tapis finement brodés. Mes yeux se lève et surprise je sans mon cœur palpiter. La richesse de la décoration est déconcertante : mosaïques parsemées d’éclats de miroirs recouvrant murs, voûtes et plafonds, inscriptions en stuc et portes couvertes de panneaux en argent. Je suis cloué sur place. Quelques femmes tenteront de me défaire mais rien y fait je ne bouge pas. Il me faudra quelques minutes pour finalement me décider à suivre la foule. Entre la mosquée et la coupole, le tombeau, ceinturé de grilles d’argent massif à gros maillons, est entouré de femmes en procession. Lieu de pèlerinage depuis le 14ème siècle, il abrite les tombes d’Ahmad et Muhammad, fils du septième imam chiite Musa al-Kadhim, et frère du huitième imam chiite Ali al-Ridha. Je rappelle que dans l’Islam chiite les imams sont considérés comme des descendants direct de la famille de Mahomet. La ferveur des croyant en ce lieu est forte. J’apprécie la beauté du tombeau et laisse place. Je me dirige lors vers les quelques salles restantes. Ces dernières sont immenses ! Au sol des tapis par dizaine. Dessus des femmes sont assises. Certaine prie avec ferveur, d’autre discutent silencieusement, à leur côté quelques enfants jouent. J’aperçois amusée un groupe de jeunes filles en plein shooting photo. Le temps d’un flash le voile semble « malencontreusement » avoir glissé. Je sourie. Derrière moi je sens quelqu’un tirer sur mon chador. Une petite grand-mère commence tant bien que mal à converser en anglais. Son sourire est transperçant. Quelques échanges et une énorme accolade plus tard, je rejoins Brice sur le parvis de la mosquée. Je suis surprise d’apprendre que l’entrée au mausolée lui a été refusée.

 

 

 

Shiraz est l’ouverture

Déçus, nous avançons lentement quand un homme nous accoste. « Avez-vous un guide ? je vais vous en cherche un. C’est gratuit ! ». Ni une ni deux Naseem, guide bénévole nous rejoint. Il prendra soin de nous décrire chaque exception architecturale du complexe et nous fera l’honneur d’interpréter certain des plus beaux poèmes calligraphiés sur l’édifice. Il offrira à Brice la visite tantôt refusé du mausolée. Enfin, sous une légère pluie et à voix basse, il nous glissera ses inquiétudes face au pouvoir en place. Aussi maladroit dans ses formules que je pu l’être avec mon chador, il nous exposera ses vœux d’affranchissement et d’ouverture. Musulman pratiquant et intellectuel éclairé, il nous priera de parler d’eux, peuple perdu assoiffé de LIBERTE.

 

 

La Belle Shiraz

2 avis sur « La Belle Shiraz »

  • visage
    mardi 29 mai 2018 à 07:40
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    Merci 😉 tout est dans le style ! Bises.

  • samedi 26 mai 2018 à 14:44
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    Une jolie photo pour terminer ce reportage!!!!!! bs à vous

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