Jaïpur, première couleur.

1h00 – Air bus A320 –  Destination Jaipur. Dans la nuit noire, nous tentons d’apercevoir les contours d’une nouvelle terre. L’Inde. Elle existe par l’imaginaire qu’elle suscite. Porteurse d’exotisme, d’affects, d’émotions et d’identité, l’Inde mystique, traditionnelle et démunie, est pour nous le contrepoint à l’Occident rationnel, moderne et développé. L’Inde, c’est bien sûr l’hindouisme, un pèlerinage aux sources de la sagesse où y abondent populations tribales, maharajas, fauves, charmeurs de serpents, bosquets luxuriants et temples. Débarquons

 

 

Jaïpur, la ville rose indienne

11h00 – Devant nous, la vieille ville fortifiée de Jaipur. Capitale du Rajasthan, littéralement pays des rois, elle fait partie de ces endroits mythiques à voir au moins une fois dans sa vie. Elle renvoie à l’époque princière, rythmée de mythes et légendes, témoins de cinq mille ans de hiérarchie et de traditions. Du nom de son fondateur, Jai Singh, astronaute et guerrier, la construction de Jaipur est cependant récente. En effet, suite à un boom économique sans précèdent, l’ancienne capitale d’Amber (située 11km de là) ne parvint plus accueillir tout le monde. Nous sommes alors en 1727 et l’idée de construire une nouvelle cité est entrain de germer.

 

 

 

Depuis la porte principale d’Ajmeri une large avenue mène au cœur de la ville. Cette dernière offre une activité effrénée et une circulation débridée. Les rickshaws y côtoient les bus, vélos, motos, piétons, mais aussi les vaches et les singes. De chaque côté de l’avenue, des quartier entiers se composent d’échoppes et bazars en tous genres. L’atmosphère est poussiéreuse et tumultueuse. Se frayer un chemin est difficile, et l’insistance des vendeurs fatigante. Deux heures passèrent sans qu’aucun palais ne se présente à nous. Surnommée la « ville rose indienne » lorsqu’en 1876 le nouveau maharaja Ram Singh fit peindre toute la ville en rose pour accueillir le Prince de Galles, le futur Edouard VII. Cette couleur, symbole d’hospitalité selon la croyance indienne, nous laisse insensibles….

 

 

 

14h00 – Changement d’air et de quartier – salle de réunion chez Wedding & Event Co. Verre d’eau et tasse de thé offerte, carte professionnelles échangées, Shrawon et Devrat organisateurs de mariage de luxe se distinguent par leur argumentaire. « Mars n’est pas un bon mois pour le mariage, vous n’en trouverez pas malheureusement. Cependant, nous pouvons vous aider. Si vous le souhaitez, nous pouvons vous organiser un « wedding tour ». Vous assisterez à 6 mariages dans 6 régions différentes du pays. Cela vous permettra de découvrir la diversité des pratiques ancestrales. » Hum, Paradoxe

Ce premier jour en Inde fut bien étrange, demain sera meilleur

 

 

Le Palais des Vents

Jeudi, un nouveau jour, de nouveaux espoirs. Un rickshaw nous dépose devant le plus emblématique bâtiment de la ville, le Palais des Vents. Première impression, mais qu’il est petit ! Cela n’enlève cependant rien à sa beauté. Ce dernier est célèbre pour sa façade de cinq étages s’apparentant à un nid d’abeille, et composée de 953 petites fenêtres décorées de treillis complexes. Ces ouvertures devaient permettre aux dames du harem royal d’observer la vie quotidienne dans la rue en dessous sans être vues. Les claustras finement sculptés, permettaient également la circulation d’un air relativement frais à travers l’édifice pendant les étés torrides de cette région. Nous prenons quelques photos et rejoignons à pied le Palais Royal de la ville.

 

 

Le Palais Royal 

Le Palais Royal est divisé en deux parties, un musée et les appartements de son altesse le maharaja Sawai Padmanabh Singh de Jaipur. Ce dernier âgé de 20 ans ne règne plus que sur les murs roses de son somptueux City Palace. Si les privilèges ont été abolis dans l’Inde moderne, le maharaja n’en tient pas moins son rang, régulièrement invité par les princes de la couronne d’Angleterre. La partie visitable du Palais Royal est une nouvelle déception. Le Palais est minimaliste et peu entretenu. Nous déambulons lentement de pièces en pièces à la recherche de témoignage du passé. Mais les pièces sont vides. Entièrement bâties en marbre nous apprécions cependant la fraicheur qu’elles dégagent. En fin de parcours nous apprécions la salle du trône. S’en suivent des dizaines de boutiques à touristes, nous traçons chemin…

 

 

Festival « Holika Dahan »

Le 1er et 2 mars nous célébrons, comme des milliers d’hindous, la fête religieuse d’Holi. Cette fête, célébrant le changement de saison et la victoire du bien sur le mal, est organisée sur deux jours. Le 1er jour est célébré « Holika Dahan« . Des jours avant le festival, les gens ramassèrent du bois et des matériaux combustibles. En ce premier mars, alors que le soleil se couche doucement, de nombreuses femmes s’appliquent à monter des buchers dans les parcs, les centres communautaires, près des temples et autres espaces ouverts. La nuit tombée, nous sommes invités à rejoindre le bucher le plus proche de l’hôtel. Nous y faisons la connaissance de nos voisins. Très attentifs, ces derniers prennent plaisir à nous conter les aventures de Holika, brûlée par Vishnu. Cette première nuit est en effet marquée par un feu commémorant la crémation de Holika, allégorie de la victoire du bien sur le mal. Ce moment est avant tout spirituel, le ton est calme et l’esprit familial. Très rapidement, chacun reprend cependant son chemin, nous y compris.

 


 

Fête d’Holi

Le jour suivant, à l’intérieur des maisons, les gens ont fait le plein de pigments de couleur, de nourriture, de boissons et d’aliments de saison festifs comme le gujiya, les mathri, les malpuas et d’autres délices régionaux. La fête d’Holi est avant tout familiale, aussi, les habitants se regroupent principalement au sein des maisons. Dehors, quelques groupes vêtus d’un blanc immaculé, tentent de rejoindre la ville. Nous sommes parmi eux. La vieille ville de Jaipur normalement grouillante est quasi vide. Piétons, motard et automobilistes de tout âge avancent, se stoppant çà et là le temps d’un « Happy Holi ». Pour l’occasion, nous sommes tous invités à se souhaiter bonheur et prospérité déposant des traînées de couleur sur chacun des visages. L’ambiance est au premier abord festif, cependant nous faisons rapidement l’expérience des mauvais côtés de la fête. Vidée de toute présence d’autorité, la ville devient sensible. Très populaire, Holi est la seule célébration placée sous le signe de l’égalité entre les différentes castes de la société indienne.  Ce jour, toutes les règles sont inversées. L’alcool coule à flot, les règles de conduite désormais inexistante et la bienséance n’en parlons pas. « Pour Holi tout est permis » lancent de nombreux hommes se permettant attouchements et propositions déplacés. L’ambiance lourde, nous rentrons à l’hôtel où une bonne partie des touristes c’est réfugiée. Décidément nous sommes bien loin de l’Inde que nous imaginions…

 

 

Le Fort d’Amber

Pour nous remettre d’Holi, nous décidons le lendemain de nous éloigner un peu de la ville et partons visiter le Fort d’Amber. Le fort qui domine Jaipur du haut d’une colline, englobe ce qui a été la résidence des maharajas Rajput et de leurs familles durant des siècles. Ce dernier avec deux autres forteresses, dites de Jaigart (au Nord) et de Nahargarh (au Sud) sont considérés comme un seul complexe. Ils sont reliés par un réseau étendu de murailles et d’ouvrages fortifiés. En cas de menace, un passage souterrain a été prévu pour permettre aux membres de la famille royale de passer du fort d’Amber au Fort Jaigart, bien plus redoutable et qui contient même une fonderie de canons. Nous prenons cette fois un énorme plaisir à errer dans ce lieu. Calme, immense et d’une beauté architecturale frappante, ce fort regorge de surprises. Nous tardons à sortir, tentant d’inscrire en nous cet agréable souvenir.

 

 

 

Le Palais sur l’eau de Jal Mahal

On saute dans le rickshaw et nous voilà en route pour le Galta Monkey Temple ou Galta Ji. Au passage, Gunu prend le temps de nous montrer le magnifique Palais sur l’eau de Jal Mahal. Construit en 1799 cet incroyable palais situé au milieu du lac Man Sagar, est constitué de 5 niveaux de grès rouge de styles rajput et moghol. Durant la saison des pluies, de juin à septembre, les 4 niveaux inférieurs du palais se retrouvent submergés.


 

Le Galta Monkey Temple

30 minutes plus tard, nous avons quitté les rues bondées et bouillantes de la ville pour des ruelles pavées. Gunu nous montre en haut d’une colline un temple. « Montez jusque-là puis descendez de l’autre côté de la colline. Marchez un moment, vous verrez peu à peu apparaitre le temple Galta Ji. » Le soleil tape tout particulièrement ce jour. Nous grimpons avec plaisir appréciant retrouver pour la première fois depuis notre arrivée en Inde un semblant d’authenticité. Devant nous apparait finalement la forteresse. Nous pressons le pas. L’entrée dans le temple se fait par un accueil marquant des habitants actuels des lieux, les singes ! On les retrouve par centaine profitant pleinement des quelques coins d’ombre. Galta Monkey Temple est un vrai dépaysement. Sous le mur principal de la bâtisse, nous retrouvons des pèlerins en pleines ablutions. L’eau coulant sur cette terre possèderait un pouvoir de purification permettant de laver tous les péchés accumulés au cours de leurs précédentes vies.  On y retrouve également des enfants et ados se baignant et nous invitant à les rejoindre. L’eau est gelée, nous déclinons l’offre. Nous terminerons la journée satisfaits, le moral cependant au plus bas.

 

 

Le bilan

L’image exotique que nous avions de l’Inde nous semble bien loin. Les temps changent et l’Inde n’est plus ce qu’elle était. Les vues orientalisantes d’une civilisation plurimillénaire pétrie de spiritualité mystique s’affrontent à celles d’une ingénierie et d’un développement industriel galopant. Cette Inde à deux vitesses, nous ne la comprenons pas. Mariages arrangés et plus grande démocratie au monde, pèlerinages religieux et essais nucléaires, infanticide des filles et production cinématographique… L’Inde est un paradoxe. Notre question maintenant : Souhaitons-nous vraiment le comprendre… ?

 

JAIPUR, première couleur Indienne.

4 avis sur « JAIPUR, première couleur Indienne. »

  • visage
    mardi 3 avril 2018 à 06:53
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    Merci beaucoup, on pense bien à vous. Gros bisous!!!

  • mercredi 28 mars 2018 à 08:36
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    Cc à vous deux et bon anniversaire à LAPUCE DES GROS BISOUS

  • visage
    vendredi 23 mars 2018 à 07:57
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    Coucou Lili, Nous sommes heureux d’être parvenus à vous faire ressentir cette émotion. L’Inde nous fait un peu l’effet des montagnes russes. Nous espérons que tes prochaines lectures te le ferons ressentir! Merci de ta fidélité. On t’embrasse bien!

  • jeudi 22 mars 2018 à 09:05
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    Attiré a la fois par la beaute des monuments (photos magnifique) et repoussé par la vie comme vous dites a 2 vitesses. C est un sentiment etrange..en tout cas, bravo pour la publication.
    Je suis pressee de vous lire pour Teheran.
    Des bizz

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