« Isra » et « Mi’raj » 

Selon la tradition musulmane, peu de temps avant l’Hégire, le Prophète Mahomet fit un voyage miraculeux de La Mecque à Jérusalem en compagnie de l’archange Jibrîl, Gabriel. Cet évènement se nomme ‘Isrâ’. Dans la ville sainte de Jérusalem, selon la Tradition, le Prophète conduisit une séance de prières avec un groupe d’anciens prophètes, parmi lesquels Ibrahîm (Abraham) et ʿIsa (Jésus). Puis sur une bête ailée nommée Burâq, il monta au ciel et dialogua avec Dieu sans le voir. La fête de l’Isra et de l’ascension, Miʿraj, célébré du 27 au 28 rajâb (7ème mois de l’année musulmane) invite tout musulman à faire part de générosité en cette occasion. C’est ainsi qu’en ce 13 avril 2018 nous nous retrouvons en compagnie d’Ali. Au sol, un carton est rempli de coffret en bois. Sur le bras gauche du jeune homme des dizaines de roses rouges reposent. Le long de la place Meidan Emam, des centaines de roses fleurissent désormais les mains des femmes et parfument nos pas.

 

 

Meidan Emam

L’ambiance est douce en ce jour de fête. Sur l’immense esplanade couverte d’herbe, de nombreuses familles ont déposé tapis et panier le temps d’un pique-nique. Autour d’eux, la place est longée d’arcades à deux étages accueillant des centaines de boutiques et des milliers de visiteurs. Perdus dans la foule nous scrutons une à une les spécialités exposées. Nos regards s’attardent à plusieurs reprises sur les colonnes et façades qu’offre l’endroit. Décorés d’une profusion de carreaux de céramique émaillée et de peintures dans lesquels l’ornementation florale prédomine elle étale non seulement des éléments architecturaux remarquable mais aussi une atmosphère printanière. Considéré comme l’une des plus grandes places urbaines au monde Le Meidan Emam offre sur chaque côté, quatre magnifiques bâtiments : à l’est, la Mosquée du cheikh Lotfallah, à l’ouest, le pavillon d’Ali Qapu, au nord, le portique de Qeyssariyeh, et au sud, la célèbre Mosquée royale. Sous le déclin du jour, leurs volumes se consument alors que lentement nous disparaissons.

 

 

Tapis baloutches

La nuit est tombée quand nous entrons dans la maison. Dans l’angle est de la cour un lampadaire illumine un banc solitaire. Dessus, pliés comme oubliés, quatre tapis semblent attendre. Siavash a tenu parole. Le tapis persan est, nous avait-il dit, « un élément essentiel et une des manifestations les plus distinguées de la culture et de l’art persans ». Ses origines remontent à l’âge de bronze. Le luxe auquel est cependant associé le tapis persan aujourd’hui fournit un contraste saisissant avec ses débuts modestes parmi les tribus nomades de Perse. « Le tapis était alors l’article nécessaire contre les hivers rudes. Par la suite, il est devenu un mode d’expression artistique ». Depuis plusieurs semaines cet artisanat nous attire. Voyageurs intempérants, la conception par les tribus nomades, notamment les tribus baloutches nous intrigue. A cette nouvelle, Siavash s’engagea à nous livrer leur secret, nous offrant l’occasion d’en étudier les formes et les contenus. Chaque soir nous découvrirons ainsi au pied de notre chambre un assortiment de tapis accompagné d’une critique. Nous apprendrons notamment à reconnaître la coupole de mosquée, l’arbre de vie et d’autres décors géométriques représentant généralement le goût particulier d’un artisan ou les traditions d’une tribu.

 

 

 

Ibrahim et Zara

Trois tapis sont allongés sur le sol restreint de notre chambre, studieux nous les observons quand soudain la voix d’Ibrahim se fait entendre dans la cours. Que le temps passe vite. Ni une ni deux nous enfilons nos vestes et le rejoignons. Comme promis dix jours plus tôt, Ibrahim et Zara s’apprêtent à nous faire découvrir les traditions du mariage iranien. Avant cela, le couple souhaite nous faire profiter en privé la beauté de leur ville. Nous voilà partie pour une ballade amicale le long de la rivière Zayandeh rud. Nos hôtes prévenants, ont pris soin d’apporté thé et douceurs que nous grignoterons à l’occasion d’échanges riches sur les politiques du monde.

 

 

Mosquée du cheikh Lotfallah

La nuit fut longue et festive. Lentement nous émergeons, avant 10 heures nous devons rejoindre la Mosquée du cheikh Lotfallah, sur le flanc est de la place de Meidan Emam. Construite pour servir de mosquée privée à la cour royale, elle est peu banale. Elle consiste en une salle de prière recouverte d’un dôme à laquelle on accède par un long couloir sombre en chicane menant à un grand portail. Désormais habitués à analyser chaque mosquée du portail au minaret, nous sommes ici surpris par l’absence de ce dernier. Nous apprendrons que puisque seule la famille royale avait accès à cette mosquée le minaret inutile ne fut pas construit. A l’intérieur de la mosquée c’est le bleu qui domine, avec des ajouts de vert, jaune, rouge et turquoise. Avant dix heures, le soleil laisse entrer ses plus beaux rayons afin de nous offrir un ballet de lumière.

 

 

Mosquée Royale

Rejoignant le côté sud de la place, nous entrons dans la Mosquée Royale (Masjed-e Shah). Cette mosquée présente un intérêt tout particulier, elle est reliée à la place par un porche immense et profond à pans coupés et surmonté d’une demi-coupole dont les parois sont couvertes de mosaïques de faïence émaillée. Ce portail, encadré par deux minarets, est prolongé vers le sud par un vestibule officiel (iwan) qui mène, en formant un angle, à la cour intérieure, reliant ainsi la mosquée, qui conformément à la tradition est orientée nord-est/sud-ouest (vers La Mecque), à l’ensemble architectural de la place qui est orienté nord/sud. Distrait le long de ce couloir nous sommes sonnés à la vue de l’édifice. Non seulement sa grandeur impressionne mais l’importance des couleurs appliquées est stupéfiante. Les yeux écarquillés nous scrutons avec attentions chacun des détails. Ce sera aussi pour nous l’occasion de parfaire nos connaissances en matière de résonnance, puisqu’il est aisé ici d’en comprendre les secrets. Il ne suffira que de quelques chants pour frémir sous la puissance du lieu.

 

 

Ali Qapu

Nous terminerons cette journée de visite par le pavillon d’Ali Qapu. Ce dernier constitue l’entrée monumentale de la zone du palais et des jardins royaux qui s’étendent derrière lui. Ses appartements, entièrement décorés de peintures et largement ouverts sur l’extérieur, sont impressionnants.  Flanqué par plusieurs étages de salles et surmonté par une terrasse (tâlâr) ombragée d’un toit très fonctionnel qui repose sur 18 fines colonnes de bois le pavillon offre une vue splendide sur la plaisante place Meidan Emam. Ici nous attendrons de voir Phébus s’éteindre avant de rejoindre Ehsan pour un dernier thé en sa demeure.

 

 

 

Gentilesse Iranienne

Ehsan c’est levé aux aurores, il a servi les déjeuners à l’ensemble de ses locataires, prévu leur déplacement et s’est empressé de nous rejoindre. Sac sur le dos nous attendons notre taxi. « Venez » nous lance-t-il, « montez dans la voiture. J’ai annulé le taxi  je vous emmène ! ». C’est iranien, c’est amical, c’est si touchant et agréable… Merci!!!»

 

 

Varzaneh, L’interloquante.

Notre mini van, version cartoon, nous emmène bringuebalant direction Varzaneh. Un voyage rempli de rencontres et de surprises. C’est d’ailleurs, à l’occasion de l’une d’elle, que nous aurons l’opportunité de faire connaissance avec Résaa. Educateur spécialisé il revient d’Ispahan où il a suivi son premier cours de langue des signes. « Alexandra tu connais la langue des signes ? Dieu ne vous a pas mis sur ma route par hasard. Demain vous devez venir à l’école, ce soir à la maison et on va travailler ensemble ! »

8h30, comme deux écoliers nous attendons sagement la venue du professeur. Dix minutes plus tard, nous traversons la cour de l’école, sous le porche cinq hommes nous attendent fièrement en ligne. Nous sommes invités à nous joindre à la classe handicap pour le petit déjeuner. Sur le sol, garçons et filles sont assis. L’ambiance est joviale, pourtant je n’aurai pas le temps de terminer mon repas. Je suis courtoisement accompagnée jusqu’à la classe de Ms Sharifi afin d’y découvrir l’enseignement donner aux petites Iraniennes. C’est donc assise au milieu de la classe, mon chaperon à ma droite, que j’écoute perplexe les chants nationaux un à un. Suivrons en cœur les versets du coran. A cinq ans, au programme pré-primaire, ces petites bouilles découvrent le dessin, la peinture et le conte au travers la religion. Quelque peu déroutant pour moi. De son côté Brice, en compagnie des professeurs et dirigeants du lieux (tous des hommes) entame une partie de Ping Pong. Oubliant la présence des enfants, on lui offrira le thé et lui demandera gentiment de bien vouloir interpréter en langue des signes un petit quelque chose. Tentant de leur expliquer tant bien que mal qu’il n’est pas détenteur de cet art, il force ces messieurs à faire appelle à une femme. C’est ainsi que notre visite se termine, debout j’interprète quelques mots devant un auditoire misogyne. Le pied…

 

 

Varzaneh, L’époustouflante.

Varzaneh peut paraître ainsi peut ouverte, c’est pourtant l’un des plus beaux trésors de l’Iran. Reza Khalili, responsable de notre guest house Chapaker, (khalilivarzaneh@gmail.com), est avant tout un professeur de géographie adorable et un archéologue de renom. Il s’est engagé à faire de notre passage ici l’un de nos plus beaux souvenirs de voyage. En début d’après-midi un mini-van nous rejoint. Dedans patientent cinq suisses allemand prêt à être impressionnés. Le long de la route commence alors une étude archéologique des sols de la région. Les questions du professeur fusent, la réponse des élèves traine, alors le bus stop… la théorie n’étant pas notre fort nous passons à la pratique. Là non seulement nous comprenons mais nous sommes stupéfaits de la beauté du minerai. Quelques kilomètres plus loin une ligne jaune apparait en bout de route. Le désert de sable de Varzaneh approche. Je l’ai tant rêvé. Impatient chacun se tait et observe.

 

 

Lac de sel

Les gigantesques dunes s’amenuisent, mais où allons-nous ? « Patience » répond Reza, « avant le désert regardez ça ». Il pointe du doigt un horizon devenu blanc. Au milieu du désert apparaît un lac salé. C’est incroyable de beauté. Le van fil droit et nous dépose finalement au cœur du lac. Déchaussés, toute la troupe coure tels des enfants sur cette surface infinie.

 

 

Desert de sable

Le vent d’une force rare nous poussera cependant à rentrer rapidement dans le van. Au loin le temps change, la pluie tombe sur le désert. Pourrons-nous nous y rendre. Lees dunes de sable de Varzaneh, de 5 à plus de 60 mètres de haut, sont les plus hautes d’Iran. Grand d’environs 45km de diamètre, ses dunes ne bougent pas beaucoup. Qu’importe le vent, la pluie ou le froid nous tentons l’ascension. Dix minutes plus tard, essoufflés, nous voilà sur le toit de l’Iran. La plus haute dune sous nos pieds le désert s’offre à nous de tout son long. Ses dunes noircies par la pluie prennent forme, un liseré de sable sec dessinant chacune des arêtes. Le soleil se couche, plus aucunes voix se lève… le temps s’écoule.

 

 

 

Le froid finit finalement par nous rappeler à l’ordre. La nuit tombée, c’est en surf que nous dévalons ces dunes merveilleuses. Merci monsieur le Professeur !

L’iran est décidément une terre remplie de contrastes.

 

Ispahan et Varzaneh, entre Culture et Nature

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